Il y a dans la vie des petits moments délicieusement cyniques. Depuis près de trois ans, l’auteur canadien Yann Martel, qui a signé L’histoire de Pi (Denoël), s’est donné pour mission de sensibiliser le premier ministre Stephen Harper à la culture en envoyant un livre chaque semaine à son bureau fédéral d’Ottawa. Le projet politico-culturel est résumé sur un site intitulé Que lit Stephen Harper? Le Jules César de William Shakespeare, Bonjour Tristesse de Françoise Sagan, Le Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry et même la bande dessinée Persepolis de Marjane Satrapi sont du nombre des ouvrages envoyés au PM.
À ce jour, 75 bouquins lui ont été adressés. Mais l’homme politique n’a jamais donné suite à ces envois autrement que par des accusés de réception écrits par son personnel, et ce, pour à peine 5 titres reçus.
Or, dans les derniers jours, sans qu’il ne demande rien à personne, M. Martel a finalement reçu un commentaire littéraire d’un chef d’État. L’expéditeur? Barack Obama, président des États-Unis. «M. Martel, écrit l’illustre lecteur, ma fille et moi venons de terminer la lecture de l’Histoire de Pi. [...] C’est un livre charmant — une élégante preuve de Dieu et du pouvoir de la narration». À ce moment précis du présent billet, tout autre commentaire ne pourrait être que superflu.
Rédigé par Fabien Deglise le Mardi 02 Mars 2010 à 16h06
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L’empire s’effrite. Le site internet de la BBC, un des plus respectés dans le monde, pourrait être amputé du quart de ses budgets d’ici 2013. Le média d’État envisage également de fermer deux stations de radio numérique, le Asian Network et BBC 6.
Les deux sources devraient cesser d’émettre l’an prochain, mais les protestations s’organisent déjà pour tenter de sauver la 6, spécialisée en musique classique.
Les réductions annoncées devraient permettre de détourner près d’un milliard par année (sur un budget de 4 milliards $) vers la programmation «haut de gamme» destinée aux autres composantes de l’empire médiatique.
Les syndicats craignent l’amputation de quelque 600 postes.
D’où la question fondamentale: pourquoi? Pourquoi déshabiller internet pour revêtir les vieux médias comme la télé ou la radio?
L’explication vient de la pression des concurrents privés et de la montée en popularité des conservateurs, tous réputés hostiles à la BBC.
Le site internet gratuit est jugé trop puissant et trop populaire par les conglomérats privés, dont celui de Rupert Murdoch, qui domine les tabloïds et la télé commerciale.
Le hara-kiri préventif cache aussi un jeu politique. La BBC pourrait ainsi tenter de s’amadouer le prochain gouvernement, vraisemblablement conservateur. Quoique les derniers sondages signalent une remontée des travaillistes.
Très flous sur l’ensemble de leur programme, les conservateurs sont étonnamment précis en ce qui concerne les médias. Le dossier a été confié à Jeremy Hunt, ministre «fantôme» de la Culture, star montante du Parti conservateur.
Les tories sont favorables à une baisse de la redevance. Ils proposent aussi d’abolir le BBC Trust, l’organe chargé de superviser la société d’État, jugé insuffisamment indépendant. Surtout, ils jugent la corporation trop dominante dans son secteur.
Rédigé par Stéphane Baillargeon le Mardi 02 Mars 2010 à 14h24
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Le cri du coeur est étonnant: un groupe de bibliothécaires britanniques vient de demander au gouvernement de prendre les mesures qui s’imposent afin de conserver la mémoire du web. Rien de moins. Selon eux, l’héritage numérique de la Grande-Bretagne est menacé. Il pourrait disparaitre à jamais sans une politique d’archivage adéquat. Actuellement, sur les quelques 8 millions de site web créés depuis 2004, le groupe n’a pu, pour le moment, assurer la conservation, dans les archives nationales et publiques, que d’un petit 6000, explique la BBC. Les permissions nécessaires à obtenir pour la mise en éternité de l’information réticulaire sont le principal frein à cette activité. Il risque aussi d’être à l’origine d’un «trou noir digital», disent-ils en réclamant haut et fort que les sites web, à l’image des livres et autres imprimés, soient automatiquement déposés dans les espaces archivistiques du pays.
Cet appel à la réforme législative, au nom de la mémoire du web, pourrait bien inspirer d’autres coin du globe. Il arrive aussi alors qu’au Québec, un projet de construction de la mémoire de l’aventure numérique, par l’entremise d’un wiki, est en cours. Nous en parlions ici, il y a quelques jours.
La France aura-t-elle son Institut Victor-Hugo comme l’Allemagne à son Goethe Institut? La chose existe et Paris pourrait profiter de sa refonte pour lui donner un nouveau nom.
Seulement, une polémique fait rage autour de cette nouvelle appellation contrôlée.
Le symbole a de l’importance. Le changement éventuel de désignation pour les quelque 150 Instituts français du monde s’inscrit dans une refonte de la diplomatie culturelle de la France. Le projet porté par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner sera défendu au Sénat dans les prochains jours.
Le réseau est jugé inefficace et trop en décalage par rapport à la force de la culture française contemporaine. Les budgets de la mécanique diplomatique ont fondu de 500 millions $ à 420 millions $ entre 2007 et 2009.
Le plan de réforme, critiqué pour sa lenteur et sa timidité par l’opposition et certains milieux culturels, prévoie de changer de nom d’abord et d’augmenter les budgets comme le personnel ensuite, d’ici trois ans. Une centaine de fonctionnaires travaillent à la diplomatie culturelle maintenant et il seront 300, voire 500, après la réforme, assure le ministre.
Où travailleront-ils? Le Monde rappelle que lors d’une consultation réalisée entre octobre et novembre 2008 auprès de 27 postes diplomatiques (1 350 agents et 5 000 usagers), les deux tiers des réponses se sont portées sur «Institut français». Simple, le nom avait l’avantage d’exister et de n’être entaché d’aucun péché.
Le même questionnaire demandait quelle était «la personnalité la plus à même de représenter notre pays». Quatre choix étaient proposés. Jules Verne recueillait 18 % des voix ; Albert Camus, le favori du ministre, 8 % ; Marie Curie, 5 % ; et Victor Hugo, 34 %.
Après plusieurs hésitations, le symbole du poète de la République l’aurait emporté sur la simplicité administrative. Mais rien n’est encore acquis.
Peu importe sous quel nom ou sous quelle forme, la France s’active autrement plus que le Canada en relations culturelles internationales, ce que les Américains appellent le «soft power». Ottawa demeure le pays du G8 qui néglige le plus la diplomatie culturelle. La France dépense en fait plus au Canada pour promouvoir la culture française que le Canada dépense dans le monde entier pour promouvoir la culture canadienne.
Rédigé par Stéphane Baillargeon le Dimanche 21 Février 2010 à 11h32
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