Numérisation
La décision aura été rapide. Un tribunal londonien vient de donner gain de cause à la formation rock psychédélique Pink Floyd qui est en conflit ouvert avec sa maison de disque EMI au sujet des droits versés pour la vente de sa musique en format numérique. La mise en marché des albums en ligne, pièce par pièce, plutôt que dans leur intégralité, est en partie au coeur du litige, comme nous en parlions ici. Le contrat signé entre la maison et le groupe en 1967 forçait «la préservation de l’intégrité artistique des albums», chose nécessaire pour des albums comme The Wall, entre autres, conçu pour être appréhendé comme un tout.
La BBC qui suit le dossier de très près rapporte qu’EMI ne concède toutefois pas la victoire pour autant aux Floyd. Par voie de communiqué, l’entreprise a annoncé en effet que la décision du juge ne signifie pas pour autant la fin de la mise en vente des oeuvres de Pink Floyd en format numérique dans l’immédiat. «La Cour s’est penchée cette semaine sur l’interprétation de deux points liés à la vente de musique de Pink Floyd en format numérique, peut-on lire. Mais elle y a encore d’autres arguments à entendre et le dossier va encore suivre son cours pendant quelque temps.»
Parler de mutations, c’est bien. La voir, c’est encore mieux. Avec Seoul District, l’équipe formée du réalisateur français Hervé Martin Delpierre et des dessinateurs Park Chul Ho et Park Hong Jin sont en train d’écrire un nouveau chapitre dans l’histoire de la bande dessinée en la faisant sortir de ces codes traditionnels.
À cheval entre la bédé, l’animation et le film, l’objet hybride, qui va prendre son envol dans quelques semaines, se veut en effet une expérience multi-plateformes, également consommable en format mobile, sur le iPhone, pour commencer, et le iPad, quand il sera là. Bien sûr, le gang d’Ave! Comics est un peu derrière tout ça.
Et comme si cela n’était pas assez, la redéfinition du cadre passe aussi par un concours en ligne qui, à terme, va permettre à un internaute de devenir un des personnages de cette série dont la valeur artistique reste encore à prouver, contrairement à sa valeur symbolique, qui elle ne fait aucun doute.
Quelle belle initiative que celle des cousins du Monde qui consacrent désormais sur une page complète de leur site aux webdocumentaires, ces documentaires conçus spécialement pour diffusion sur le Net.
Le catalogue est fort riche. On y retrouve ce document étonnant sur la jeunesse cubaine vivant séparée par 150 km entre La Havane et Miami, un retour sur la libération de Nelson Mandela ou encore sur la production d’oeufs en batterie ou sur les 20 ans de la chute du mur de Berlin. Entre autres.
Ces oeuvres font partie d’un tout, dont le quotidien explique les enjeux et origines ici. Elles marquent aussi un point tournant — un début de mutation, quoi! — dans la diffusion de l’informations et la mise en scène du documentaire au temps du 2.0. Une mutation qu’on rêve forcément voir se propager partout sur la Toile.
Ça vient de se passer aujourd’hui à Hanovre, en Allemagne, dans le cadre du salon de la haute technologie CeBIT. Pressée de questions sur les possibles intrusions dans la vie privée, rendues possible par son service de géolocalisation Google Street View, la multinationale américaine s’est voulu rassurante, comme le rapporte Le Monde dans son édition en ligne. «Google n’est pas un envahisseur», a résumé Michael Jones, porte-parole de l’entreprise qui parle de son application comme de «la meilleure solution technique pour vous faire voyager à travers le monde en vous montrant des images».
Comme nous l’indiquions dans ce blogue il y a quelques jours, Google est confronté à un feu nourri de critiques en Europe qui s’inquiète des effets pervers de sa technologie sur la vie privée. Au Canada également ces craintes sont régulièrement articulées autour d’une modernité qui peine à conjuguer son développement au temps du respect du privé.
France 2017. Le pays est au bord de précipice. Nicolas Sarkozy est mort. La crise économique a une nouvelle fois frappé et l’écologie, malgré les signaux d’alarme allumés dans les années précédentes, est plutôt mal en point. Convaincu que la dégradation des conditions de vie est irréversible, Guillaume veut quitter Paris pour le pays basque…
Oui, tout va mal. Et la description de ces temps tourmentés est désormais au centre d’un premier roman-feuilleton imaginé par les auteurs William Rejault et Laurent Lattore. Particularité notable: l’objet littéraire, intitulé Le chemin qui menait vers vous, a été pensé pour être consommé uniquement sur un iPhone, par petites bouchées.
Chaque semaine, trois chapitres sont ajoutés, pour une lecture en direct ou en différé. Le lecteur est également invité à commenter l’intrigue pour sans doute la faire dévier.
Version moderne du roman à volet, cette aventure accessible en téléchargeant simplement une application gratuite sur son iPhone est malgré tout payante: le premier chapitre est donné, certes, pour accrocher le lecteur nomade, mais le reste se mérite pour 1.10 cents. Coût total: 11.30 $ can. En gros. Les auteurs parlent d’expérience. C’est aussi la redéfinition d’un modèle économique de diffusion du bouquin qui est en train de se jouer, en format portable.
Non, il n’y a pas que le livre ou le journal qui pourrait voir son existence passablement bouleversée par l’arrivée sous peu de la tablette d’Apple — quel est son nom déjà? Nous ne l’avons pas assez entendu!. La bande dessinée aussi risque de voir ses codes interpelés, triturés et questionnés par la machine tactile qui rêve de se retrouver dans des millions de mains d’ici la fin de la prochaine décennie.
C’est en tout cas ce que présente ici la publication en ligne Slate.fr qui cherche à démontrer l’impact du iPad — c’est son nom — sur l’univers de la bulle et de l’histoire en case. Les possibilités sont infinis, peut-on lire, avec en prime quelques pistes pour une redéfinition de ce genre littéraire. Comment? Avec des histoires à tiroirs, sur le «concept des histoires alternatives, ou des histoires dont vous êtes le héros», des zoom dans les cases, «pourquoi pas des plongées par à la Google Map» mais aussi des toiles infinies qui permettrait enfin à la bédé de sortir de son cadre, «une page en 2D rectangle et en 54 pages» pour se mettre au temps «des séquences de toutes les formes, dans tous les sens, de toutes les tailles». Tout ça laisse rêveur, en effet.
Le cri du coeur est étonnant: un groupe de bibliothécaires britanniques vient de demander au gouvernement de prendre les mesures qui s’imposent afin de conserver la mémoire du web. Rien de moins. Selon eux, l’héritage numérique de la Grande-Bretagne est menacé. Il pourrait disparaitre à jamais sans une politique d’archivage adéquat. Actuellement, sur les quelques 8 millions de site web créés depuis 2004, le groupe n’a pu, pour le moment, assurer la conservation, dans les archives nationales et publiques, que d’un petit 6000, explique la BBC. Les permissions nécessaires à obtenir pour la mise en éternité de l’information réticulaire sont le principal frein à cette activité. Il risque aussi d’être à l’origine d’un «trou noir digital», disent-ils en réclamant haut et fort que les sites web, à l’image des livres et autres imprimés, soient automatiquement déposés dans les espaces archivistiques du pays.
Cet appel à la réforme législative, au nom de la mémoire du web, pourrait bien inspirer d’autres coin du globe. Il arrive aussi alors qu’au Québec, un projet de construction de la mémoire de l’aventure numérique, par l’entremise d’un wiki, est en cours. Nous en parlions ici, il y a quelques jours.
Il n’y a pas que le Canada qui craint les effets pervers sur la vie privée du système de localisation numérique Street View. L’Europe aussi n’accepte pas sans broncher de suivre le mouvement imposé par la firme américaine et réclame de Google qu’elle réduise le délai de conservation des photographies non-floutées et non-publiées à six mois, au lieu de douze. Numerama, espace qui ligne qui aime réfléchir sur son époque en parle ici.
Pour le moment, Google conserve les photos pendant un an. L’organisme européen qui veille à la protection des données personnelles des citoyens européens estime que ce laps de temps est «disproportionné» et veut du coup «imposer des normes élevées en matière de protection de données».
Ce n’est pas la première fois que le projet de cartographie numérique de Google soulève des inquiétudes sur la planète. Récemment — on en parlant dans ce billet —, le Canada a tapé un peu sur les doigts de la firme de Mountain View afin qu’elle se plie aux exigences fédérales en matière de protection des données personnelles prouvant une fois de plus que l’époque peine parfois à ajuster sa modernité avec la vie privée.
C’est la question qui vaut mille dollars. Comment Internet a-t-il modifié notre façon de penser? C’est aussi la question annuelle posée par la revue The Edge à 170 experts, scientifiques, artistes et penseurs sur la planète. Le quotidien Le Monde en parle dans son édition en ligne et propose une brève synthèse de cette énorme débat.
«L’usage d’internet n’a pas changé la façon dont je pense, mais il m’a permis d’accéder facilement et immédiatement à une extraordinaire diversité d’idées et d’information», résume par exemple Ian Wilmut, directeur du Centre de médecine regénérative de l’université d’Edinburgh.
Les pieds sur terre, Nicholas A. Christakis, professeur au Département de sociologie de l’université d’Harvard et auteur de Connected l’est aussi en prévisant que les nouvelles techniques d’augmentation cognitives ne changent finalement pas plus notre esprit que les techniques plus anciennes et il ajoute: «notre réflexion a donné naissance à l’internet» et du coup «l’internet a donné naissance à notre réflexion». C’est pas faux. comme dirait l’autre.
Rédigé par Fabien Deglise le Samedi 27 Février 2010 à 11h20
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Vous en rêviez, mais vous devriez y penser à deux fois: le Kindle, ce lecteur numérique pour livres, mis sur le marché par Amazon, ne mériterait pas que l’on s’intéresse à lui cette année. Motif? «Les 200.000 ouvrages de son catalogue ainsi que les 85 journaux et magazines sont dans la langue de Shakespeare. Et tout le monde ne lit pas l’anglais couramment», écrit la publication en ligne E24 qui vient de produire sa liste des 8 choses qu’il ne faut pas acheter cette année.
Une autre liste? Oui, dans laquelle la machine à lire trouve une place de choix, pas très loin du GPS (puisque la fonction est désormais intégrée aux téléphones intelligents), de l’abonnement à la revue Playboy, de Micrososft Office 2010 mais aussi de la couleur mimosa, car en 2010, c’est le turquoise qui va être à la mode. Le Wii Fit, cet appareil de divertissement qui rêve de mettre les ados grassouillets en mouvement reçoit aussi le même sanction des auteurs de cette liste. Pour cause: elle n’atteint pas son objectif en ne faisant bruler que 165 calories par demi-heure. Scandale.
Le monde de tissus (bien taillé, s’entend) n’y échappe pas. Dès demain, 19h, les accros aux téléphones intelligents et à la mode vont pouvoir marier leurs deux passions. Comment? En suivant en direct sur leur machine le dévoilement de la collection de prêt-à-porter automne-hiver 2010 de la maison Dolce & Gabbana. Une première, nous dit le magazine français à potins, Gala.
La vague numérique a déjà frappé cet univers, comme nous l’avons déjà exposé dans ce blogue. Le magazine français, lui, se met du coup à pousser le bouchon un peu loin: «Imaginez: les inconditionnelles des fashion weeks n’auront bientôt plus besoin de sillonner le monde, et pourront attendre patiemment la semaine française de la mode à Paris (la meilleure). Il leur suffira d’être correctement équipées en matériel high-tech». Oui et non, puisque la superficialité et la culture du paraître, qu’alimente le secteur de la haute couture, carbure certes aux tendances, mais également au regard de l’autre, en groupe et en personne.
Le projet est complètement fou mais il est fascinant: construire collectivement la mémoire socio-historique de la culture internet du Québec. C’est la mission que vient de se donner Pssstopedia, qui se présente, en ligne, comme est «un projet ludique, éducatif et historique».
L’idée est simple: sur la base des wiki, ces bassins numériques de connaissances bâtis collectivement sur la Toile, Pssstopedia souhaite documenter rien de moins que l’aventure du web au Québec avec ses «acteurs, URLs, sa mémétique, quelques projets cultes, ses ratés, ses succès ou ses trolls (non!!!)», le tout pour «le plaisir d’avoir connu ou de reconnaître ce qui s’est passé entre la version 0.1 à 2.0» de l’Internet, peut-on lire.
De 1970 à 2010, quelques grandes lignes ont pour le moment été posées, des lignes dans lesquelles Le Devoir — un des premiers quotidiens à avoir eu une existence numérique ici —, Branchez-Vous — un des premiers portails du Net — mais aussi La Toile du Québec, Copernic, L’Infobourg ou encore NetGraphe occupent une place de choix. Pour le moment, la suite et les détails sur ces acteurs- clefs, étant désormais entre les mains des internautes qui s’en souviennent, avec nostalgie ou pas.
À Vancouver, en ce moment, un drôle de sport est en train de se jouer. À l’invitation de la société ontarienne InteraXon, les visiteurs du pavillon de cette province, érigé en marge de la grande messe du sport (dont Radio-Canada n’a que des photos à offrir), peuvent en effet contrôler par la pensée la mise en couleur des chutes du Niagara, à 3000 km plus à l’est. Étonnant, non?
Le magazine français L’Express en est d’ailleurs soufflé, comme en témoigne ce papier consacré à cette expérience en mnémo-techno-spatio-colore, comme on pourrait dire. Le papier décode d’ailleurs la chose en parlant des ondes alpha et bêta captées dans le cerveau des gens en phase de relaxation dans un fauteuil, à Vancouver, et qui, par effet de matérialisation, vont aller modifier la couleur de l’attraction touristique no 1 du Canada. Il fallait y penser.
Rédigé par Fabien Deglise le Jeudi 25 Février 2010 à 13h31
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Du numérique à l’interactif, la mutation ne vaut pas juste pour le livre. La bande dessinée aussi semble partie sur le chemin. C’est en tout cas ce que laisse présager cette analyse intéressante du site du9.org qui, en quelques lignes, prêche pour l’avènement d’une bédé qui, au delà des codes binaires, va véritablement sortir de ses codes formels pour conjuguer son existence sous différentes formes, plateformes et formats.
«La bande dessinée numérique, qu’il s’agisse de bande dessinée numérisée ou de bande dessinée spécifiquement créée pour les supports numériques, reste envisagée par les auteurs et les éditeurs sous le paradigme et les codes de la bande dessinée papier», peut-on lire. Or, c’est justement l’erreur que fait le 9e art et qui devrait plutôt se mettre en conversation avec son public, expose-t-on, avant de faire entrer l’histoire en boîte dans le monde de la bande dessinée numérique interactive qui deviendrait alors «rien de moins qu’un nouveau médium». Et bien sûr, c’est un point de vue à considérer. Pourquoi pas.
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