Stéphane Baillargeon

Mardi 09 Mars 2010

Le journal 3D

imageAprès le cinéma et récemment la télé, c’est au tour d’un journal de se mettre en mode relief.
Le quotidien belge «Dernière heure» (DH pour les initiés) a fait paraître une édition spéciale dont les photos, y compris celles de la pub, sont en 3D. Des lunettes stéréoscopiques fournies permettent d’en profiter pleinement.
Le tirage est passé de 85 000 à 115 000 exemplaires. Pari tenu donc.
«L’idée nous est venue la toute première fois lorsque nous avons sorti notre premier numéro en format compact, le 18 novembre 2008», explique le rédacteur en chef dans son propre journal. «Ce jour-là, Het Belang van Limburg et Gazet van Antwerpen ont proposé, dans leur édition du jour, des reproductions d’oeuvres de peintres flamands en 3D. L’initiative m’a plu mais, personnellement, je l’envisageais plutôt à l’échelle de toute l’actualité du journal», dit encore Hubert Leclercq.
Il a fallu deux mois de travail, d’essais et d’erreurs, pour en arriver à un résultat satisfaisant. La photo ci-contre montre les travailleurs à l’imprimerie.
Le premier commentaire d’un lecteur posté sur le site dit: «Personellement je ne trouve pas ça très intéressant, je suis borgne donc la 3D pour moi c’est foutu, et j’espère surtout que tout ne va pas être publié de la sorte dans le futur sinon je ne vais carrément plus rien voir...»

Médias: tous à Abou Dabi

imageLes empires médiatiques vont très mal, les grands journaux surtout. Alors quel meilleur endroit au monde pour réunir les magnats des médias du monde que l’émirat d’Abou Dabi, lui-même très malmené par la crise du capitalisme?
La rencontre, la première du genre, commence aujourd’hui et durera trois jours. On y attend plus de cent présidents de compagnies ou de conseil d’administration, dont Maurice Lévy de PublicisGroupe et Rupert Murdoch de News Corporation, mais aussi des centaines de représentants de toutes les régions du monde.
Les discussions porteront sur l’état des médias mais le Abu Dhabi Media Summit vise aussi et surtout à tisser des liens entre les industries médiatiques et le capital de l’émirat.
Comme le rappelle le Wall Street Journal, cette réunion au sommet à cet endroit et pour cette raison ne manque évidemment pas d’ironie. Les pays arabes du Proche et du Moyen-Orient ne sont pas particulièrement reconnus pour leur respect de la liberté de la presse.
Les médias occidentaux ont même été vertement critiqués par des dirigeants d’Abou Dabi pour leurs couvertures critiques des déboires financiers et immobiliers de l’émirat.

Lundi 08 Mars 2010

Le NYT à la pièce

imageLe «New York Times» envisage de vendre son cahier des livres séparément, en version électronique.
L’intention commerciale a été révélée en marge d’une conférence sur la lecture électronique à l’université du Missouri. Le Poynter Institute explique un peu plus ce dont il est question.
Selon ces indications, le cahier serait disponible pour le Sony e-reader d’ici quelques semaines. Des versions pour le Kindle d’Amazon et le Nook de Barnes & Nobles suivraient.
Le journal songerait aussi à «désagréger» d’autres composantes de son quotidien, notamment les mots croisés.
La publication consacrée aux livres est déjà disponible en kiosque en version distincte. On peut se la procurer pour 1,75 $, sans acheter le gros journal du dimanche. Cette même grosse édition est déjà disponible en format dématérialisé pour Kindle. Elle coûte 14 $ par mois.
Le cahier des livres numérisé serait donc logiquement très peu cher, probablement environ un dollar par édition. Par contre, la direction du NYT présente au Missouri n’a révélé aucun prix.

Le scandale à roulettes

imageOn est toujours le 8 mars, journée internationale des droits de la femme. Comme le hasard fait drôlement les choses, voilà que les médias français bouillonnent un peu pour une histoire de pub sexiste.
La photo du scandale montre une femme nue dans un chariot d’épicerie. Elle est du réalisateur de clip et photographe français Jean-Baptiste Mondino. Il a notamment travaillé avec Madonna, mais aussi Alain Bashung, Vanessa Paradis, Björk, Prince ou encore David Bowie.
L’affiche de la controverse annonce le nouvel album et les concerts de l’artiste français Damien Saez. Il voulait la placarder dans le métro parisien et ailleurs en ville.
L’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) l’a rejetée en jugeant qu’elle «présente un caractère dégradant pour l’image de la femme dans la mesure où elle apparaît nue, et qui plus est dans un chariot de supermarché, donc comme une marchandise».
L’organisme poursuit: «La publicité ne peut réduire la personne humaine, et en particulier la femme, à une fonction d’objet.»
Le chanteur, lui, a crié au meurtre, ou tout comme. Il a carrément parlé de «fascisme»…
Chose certaine, la controverse ne devrait pas trop nuire. À preuve: l’affiche condamnée pour sexisme a déjà été vue et commentée par un nombre incalculable de personnes, bien plus en fait que si elle avait été placardée sur quelques panneaux publicitaires…

Le Devoir, le sens et le web

imageL’École des Médias de l’UQAM organise jeudi soir un colloque intitulé «Le Devoir: la quête de sens à l’heure du web 2.0». Très bien. Seulement, vérification faite, la programmation de la soirée n’apparaît nulle part dedans les internets.
Enfin, sauf erreur. Ou alors le site est diablement bien caché, ce qui revient au même, ou presque.
On répète: un colloque sur le journalisme «à l’heure du web», organisé par une université, n’utilise pas la grande toile pour capter l’intérêt et diffuser de l’information. Ceci n’a évidemment pas beaucoup de sens, dans ce monde comme dans les autres.
Mais bon, reste l’activité réelle sur le rapport au virtuel qui se déroulera jeudi soir dans l’amphithéâtre du Cœur des sciences, au 200, rue Sherbrooke Ouest, à compter de 19h. L’entrée sera libre.
Le lendemain, toute la journée de vendredi, la Grande bibliothèque accueillera un autre colloque dans le cadre du centenaire du «Devoir», mais organisé celui-là par Media@McGill et le Centre d’études sur les médias de l’université Laval. Le thème: l’idée et l’avenir du journal indépendant. Cette fois, on peut se renseigner en ligne, sur le web quoi…

Misère des stars

imageLes temps sont durs, enfin, un peu plus durs, pour les stars hollywoodiennes rassemblées pour la soirée de remise des Oscars. Adieu les salaires faramineux. Exit la participation automatique aux profits mirobolants.
En tout cas, les émoluments du tournant des années 2000 ont disparu.
Les très grandes vedettes pouvaient alors exiger jusqu’à 20, voire 30 millions $ par film. Par contraste, aucun des dix films mis en nomination hier pour l’ultime récompense du meilleur film n’a payé ses acteurs autant.
On est même très loin des anciens grands comptes. «The Hurt Locker», le film gagnant, est considéré comme une production à petit budget et les comédiens ont au mieux reçu quelques centaines de milliers de dollars chacun.
«Avatar», la mégaproduction à au moins 300 millions $ n’a pas non plus arrosé de fric ses vedettes, avec des salaires évalués, là encore, à quelques centaines de milliers de dollars plutôt qu’à quelques millions.
Ce film est maintenant le plus profitable de l’histoire. Ses retombées se calculent déjà en milliards.
Même le beau George Clooney (notre photo) n’aurait reçu «que» deux millions $ pour son travail dans «Up in the Air». Par contre, il aurait fait une petite fortune en participant aux profits du film.
Brad Pitt, lui, aurait reçu dix millions $ pour sa participation à «Inglourious Basterds», ce qui est encore beaucoup, mais là encore beaucoup moins qu’autrefois.
Le journal The Independant, qui analyse le phénomène, lie les compressions salariales à une volonté de «réduire les risques financiers».
Surtout, la compression salariale éclaire l’apparition de plus en plus fréquente des noms de renom dans les émissions de télé et les publicités. C’est là maintenant que certaines stars iraient chercher leurs paies.
Un exemple: Dustin Hoffman et Nick Nolte seront les vedettes de Luck une nouvelle série de la chaîne HBO. 

Archiver l’architecte du WTC

imageL’État du Michigan va protéger le fonds d’archives de la firme Yamasaki inc, qui a fermé ses portes en janvier. Le fondateur de l’entreprise, l’architecte américain Minoru Yamasaki, a notamment conçu le World Trade Center.
Les documents préservés comprennent des dessins et la bibliothèque personnelle de l’architecte. Ils ont été sauvés in extremis, comme le raconte Art Daily. Le personnel du State Historic Preservation office et des Archives of Michigan ont récupéré la documentation quelques heures avant sa destruction probable.
Minoru Yamasaki (1912-1986) est né à Seatle et s’est installé à Détroit en 1945 avant d’ouvrir son propre bureau à Troy, au Michigan. Son cabinet reconnu pour ses propositions modernistes a conçu le Century Plaza de Los Angeles, le Lambert-Saint-Louis Air Terminal du Missouri, le consulat des États-Unis à Kobe et, bien sûr, les deux plus grandes tours du WTC, construites entre 1965 et 1973, détruites le 11 septembre 2001.
La préservation des archives de cette firme-phare s’inscrit dans une volonté plus large de documenter l’architecture moderne du Michigan des années 1940 à 1970.

Dimanche 07 Mars 2010

Oscar: la valeur d’un prix

imageQue vaut un Oscar? Quelles sont les retombées sonnantes et trébuchantes de la fameuse statuette dorée distribuée ce soir à Hollywood?
Plusieurs études économiques ont tenté de résoudre l’énigme au cours de la dernière décennie sans finalement y arriver pour de bon, comme le rappelle une synthèse présentée sur le site du magazine en ligne Miller-McCune.
En 2001, les chercheurs du Colby College ont montré qu’une récompense maintenait généralement à l’affiche un film et augmentait donc logiquement ses revenus. Ils sont aussi conclu qu’un prix était autrement plus profitable qu’une nomination.
Le gain pour une nomination dans la catégorie du meilleur film a a été alors estimé à environ 4,8 millions $ en moyenne. Un gagnant dans cette même catégorie pouvait espérer augmenter ses gains de 12,7 millions $.
Par contre, une étude de 2005 réalisée par une équipe allemande a conclu que les gains générés par une statuette étaient surévalués par l’industrie du film. Pour cette enquête, c’est la nomination plutôt que le prix lui-même qui rapporte de manière significative.
Dans ce cas, comme le note l’analyse de Miller-McCune, la décision de cette année de doubler le nombre de films en nomination dans la catégorie «Best Picture» pourrait s’avérer payante pour tous.
Seulement, il n’y a rien de sûr. Une autre enquête, de 2008 celle-là, réalisée par une équipe néerlandaise, a prouvé que les prix, peu importe qui les distribuent, les critiques ou l’Académie, ne changeaient finalement à peu près rien pour le grand public qui va se divertir au cinéma pour bien d’autres raisons…

Samedi 06 Mars 2010

Un polar en 24 heures chrono

imagePari tenu: l’écrivain Nicolas Ancion, installé à la Foire du livre de Bruxelles, a écrit un polar en 24 heures, pile poil et top chrono.
L’exercice se voulait évidemment un clin d’œil à la célèbre série de télé américaine «24». Nicolas Ancion est le Jack Bauer des lettres.
L’écrivain a travaillé devant le public et les journalistes. Son texte était aussi diffusé sur un grand écran au Salon et des extraits paraissaient sur Twitter et Facebook.
Nicolas Ancion (notre photo) a terminé son roman jeudi, à 21h. Il a effectué la relecture et la correction de son roman aujourd’hui. Le livre s’intitule «Carrefour dangereux».
Les différentes étapes d’écriture sont expliquées par l’auteur ici. Le livre sera disponible en téléchargement gratuit sur le site internet de la Foire dans quelques heures.
Rien n’indique encore s’il sera publié sur papier. En fait, à quoi bon?

Le musée virtuel de TO

imageLa mairie de Toronto vient de mettre en ligne un site entièrement consacré «à l’histoire, au présent et au futur de Toronto». L’exposition vituelle du Projet du musée de Toronto s’organise autour de «100 artéfacts, 100 résidents, 100 histoires et 100 idées d’exposition».
L’ensemble est très personnalisé. La catégorie des «histoires» rassemble une centaine d’artéfacts provenant de la collection de la ville et de trésors privés. Les récits ont été recueillis auprès de diverses communautés de la ville.
C’est par exemple Bobby A. qui raconte ses souvenirs concernant le Centre des sciences de l’Ontario à partir d’une épinglette. Ou Serge P. qui analyse la figure de proue d’un bateau en évoquant la première fois qu’il a lu «Tintin et Le trésor de Rackam le Rouge».
La catégorie des «idées» propose des quatuors d’images tirées des collections historiques et archivistiques. Les visiteurs sont invités à commenter et enrichir ces liaisons. Les textes sont en français et en anglais.

Voyager en BD

imageLa bande dessinée ne cesse de s’infiltrer partout. Après le cinéma, la télé ou la philosophie, la voici au service du guide de voyage.
Les maisons Casterman et Lonely Planet sont maintenant associées pour offrir des guides urbains aux illustrations dessinées plutôt que photographiées.
Ça donne quoi?
Alix sert de guide à Rome et Corto Maltese à Venise. Le dessinateur François Schuiten accompagne la découverte de Bruxelles.
La collection «BD City Guides» s’adresse évidemment aux amoureux du dessin.
«Une fois passé l’étonnement de tenir entre ses mains un guide sans photos du réel, le lecteur se laisse bercer par une approche favorisant une vision éminemment subjective», note la courte critique de 24 heures. «Munis d’un index, ces opus basés sur des itinéraires ne proposent aucun répertoire d’hôtels ni de restaurants, mais, au fil des déambulations, des lieux sont parfois suggérés. Les cartes, une par promenade, jouent la lisibilité.»

Vendredi 05 Mars 2010

Médias : toujours plus

imageEn une journée, le Français moyen vit (ou subit) près de 40 contacts médias ou multimédias. Ça fait beaucoup. Et on ne voit pas pourquoi ce serait différent pour l’Allemand, le Japonais ou le Québécois moyen.
La donnée est révélée par une nouvelle étude de la firme Médiamétrie. L’institut d’études comptabilise comme «contact» l’accès à un média donné au sein d’un quart d’heure, peu importe la durée de consommation. Regarder deux heures de télévision compte pour huit contacts médias.
Il y a de tout là-dedans: la radio au réveil, le journal au café, internet au boulot…
Le niveau monte sans cesse. Le compte était à 36 contacts en 2006. la progression est notamment imputable au téléphone mobile qui permet de se contacter de n’importe où.
Seulement, les sources traditionnelles dominent encore, et de loin. La radio triomphe le matin et la télé le soir.
Le petit écran s’avère en fait le média le plus populaire de tous, avec une moyenne de 15 contacts quotidiens par habitant, par jour.
Par contre internet progresse sans cesse et vient même de détrôner la presse avec 4,6 contacts par rapport à 3,2 pour les bons vieux imprimés…

Mercredi 03 Mars 2010

GB: Vieux médias 1, nouveaux médias 0,5

imageLes vieux médias vont dominer la campagne électorale en cours en Grande-Bretagne. La conclusion concernant un retour à la bonne vieille domination a fait consensus lors d’un débat organisé cette semaine à la City University de Londres.
Le panel réunissait des représentants de l’université, de la BBC et de Blue State Digital, la compagnie qui a organisé la campagne des nouveaux médias de Barack Obama, aux dernières présidentielles américaines.
Tous ont reconnu que le balancier semblait à nouveau favoriser la télé. la radio et les journaux. Surtout la télé en fait, avec l’accord passé pour la diffusion de trois débats télévisés entre les chefs des principaux partis en lice.
On peut lire un résumé des débats sur journalism.co.uk. En gros, l’idée veut que les vieux médias donnent le LA, tandis que les nouveaux médias, comme Twitter, accélèrent tout simplement la mise en circulation des idées essentielles provenant de la base de la pyramide d’information. Encore une fois, Twitter ne crée rien, ou presque, mais transmet tout, très vite…

Vous avez dit nègre?

imageLe dernier film de Roman Polanski s’intitule The Gost Writer, Il s’inspire du livre «L’Homme de l’ombre» de Robert Harris (Plon, 2007) et raconte l’histoire d’un écrivain embauché pour réécrire les mémoires d’un ancien premier ministre britannique.
Or, en français, «l’écrivain fantôme» est un nègre. Enfin, c’est comme ça qu’on dit en France depuis plus de 150 ans, depuis qu’Eugène de Mircourt a méchamment employé ce terme au sujet d’Alexandre Dumas, «un mulâtre qui avait des nègres».
Le mot inacceptable, raciste, partout ailleurs, convient-il encore en art et en littérature? En tout cas les distributeurs du film en France ont préféré conserver le titre anglais pour éviter la controverse.
«On le lit, on le prononce. On hésite à s’interroger sur sa portée. Il y a pourtant là un point aveugle, un croisement sensible de notre histoire et de notre espace sémantique», note un billet de Bibliobs.
L’analyse pointe vers une proposition du philosophe Claude Ribbe pour en finir avec cette expression de négrier.
«Il me semble qu’au XXIe siècle, il est plus que temps de faire entrer dans la tête des Français que le mot “nègre” ne peut plus, en aucun cas, être utilisé impunément pour désigner un être humain qu’on exploite d’une manière ou d’une autre et qui serait méprisé du fait de cette exploitation», écrit-il.
M. Ribbe va jusqu’à demander au producteur et au distributeur du film “The Ghost Writer” «d’appliquer aux sous-titres et à la version française la même doctrine que celle qu’ils ont appliquée au titre.»
Au Québec, on se rappellera la controverse autour du film «Le Nèg’» de Robert Morin. Dans ce cas, le titre et l’affiche ouvertement provocateurs cachaient une œuvre sur la tolérance, les préjugés et la bêtise. 

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