Top 5: la routine habituelle

imageEncore et toujours du sport. Les infos sportives dominaient le top 5 de l’actualité québécoise la semaine dernière, un retour au naturel de ce coin du monde après l’éclipse médiatique causée par le séisme en Haîti.
Cette catastrophe, située au deuxième rang avec un poids média de 2,21%, demeure le seul sujet non-sportif des cinq premières places. Pour le reste, on trouve dans l’ordre: Vancouver 2010 (8,19%), les victoires et défaites du Canadien (2,20%), le départ de Bob Gainey (1,14%) et le Super Bowl XLIV (0,94%).
Répétons-le: il n’y a rien de naturel dans ces résultats, rien d’obligatoire, la preuve étant que les médias du Canada anglais ne se soumettent pas à la même logique identifiée dans le bilan hebdomadaire de la firme montréalaise Influence communication. Pour leur part, du 9 au 15 février, ils accordaient leur faveur à Vancouver 2010 (5,34%), la situation haïtienne (1,,36%), le Canada en Afghanistan et la nouvelle offensive de l’OTAN (0,92%), l’affaire du colonel Russel (0,81%) et le dossier nucléaire iranien (0,40%).
Pendant ce temps, au Québec, le seul départ de Bob Gainey du Canadien de Montréal occupait deux fois plus de poids que les nouvelles internationales et cinq fois plus que les infos diffusées au Québec concernant le reste du Canada…

  Vos commentaires

  1. Il n’y a pas beaucoup de sportifs de type “visuel” dans mon entourage, juste des sportifs de type “actif”.

    Parfois je me demande à quel pourcentage de la population québécoise s’adresse cette masse d’information. Ce serait intéressant d’avoir des statistiques à ce sujet: l’âge moyen, le rapport homme/femme, les sportifs actifs/passifs, les sommes en jeux, les revenus/dépenses, etc.

    Dans son édition du 13 février Le Soleil publie en page 6 un article intitulé: “Accueillir les Jeux, un péril olympique?”. On y retrouve entre autres les coûts estimés et les sommes réelles qui ont été dépensées lors des derniers jeux olympiques dans le monde. Pour les “Jeux olympiques d’été : Athènes avait prévu 1,6 milliard $ et a fini par payer 16 milliards $; Pékin avait fixé 1,6 milliard $ et a englouti 40 milliards $; Londres avait plafonné son budget à 8 milliards $ et, selon plusieurs estimations, aurait déjà dépensé 19 milliards $ pour les Jeux de 2012.”
    L’article mentionne aussi que les Jeux d’hiver sont beaucoup plus couteux à cause du surplus d’installation nécessaire.

    http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/vancouver-2010/201002/13/01-949318-accueillir-les-jeux-un-peril-olympique.php

  2. Suite et fin…

    Je ne suis pas contre le sport, au contraire, bien que l’aspect compétitif et identitaire, à une équipe en particulier par exemple, est pour moi bien secondaire.

    Le sport, actif j’entends, aide énormément les jeunes à se dépasser, à collaborer, à augmenter leur estime d’eux-mêmes, à créer des liens et à s’amuser d’une façon saine.

    Mais le sport passif, qui offre à voir en public des scènes violentes et extrêmes (comme la mort en direct d’un jeune homme de 21 ans dans le couloir de la mort que sa luge a dévalé), des bagarres et des gestes disgracieux , ce genre de sport qui n’en est plus à mes yeux, me fait penser aux gladiateurs sacrifiés dans l’arène sous les cris de la foule; l’expression “du pain et des jeux” me revient sans cesse en mémoire. Je ne regarde pas les jeux Olympiques, ils me sautent au visage quand je cherche les nouvelles. J’ai tellement peur que ces magnifiques jeunes hommes et jeunes femmes se blessent pour le reste de leur jours. Pourquoi tous les acrobates des cirques sont-ils protégés soit par des filets ou des ceintures de sécurité bien accrochées au plafond et que nos jeunes sportifs, les modèles que nous proposons comme société à nos propres enfants, risquent-ils leur vie à chaque seconde sous nos yeux? Je ne suis pas d’accord.

    J’aimerais donc savoir quel pourcentage de la population s’intéresse vraiment au visionnement et à l’écoute des activités sportives.

  3. De pépins et des jeux
    Jean-simon Gagné, Le Soleil.
    17 février 2010(Québec)
    «Papa, j’ai peur de cette courbe.»

    Vendredi, avant une descente d’entraînement, le lugeur Nodar Kumaritashvili, 21 ans, aurait téléphoné à son père, en Géorgie. Il lui aurait confié à quel point il craignait un virage, situé au bas de la piste de Whistler, qui accueille les compétitions de luge des Jeux de Vancouver.

    Nodar Kumaritashvili n’était pas le seul à s’inquiéter. La veille, l’Australienne Hannah Campbell-Pegg avait failli perdre le contrôle de sa luge. «Sommes-nous devenus des petits lemmings qu’on propulse, ou des mannequins servant à tester des collisions?» avait-elle demandé. «Il s’agit de nos vies, après tout!»

    Mais revenons aux Géorgiens. Le père, un champion de luge du temps de l’URSS, aurait conseillé à son fils de prendre le départ plus lentement.

    «Comment peux-tu me donner ce conseil?» aurait répondu le jeune homme. «Je suis ici pour gagner! Ou bien je vais gagner, ou bien je vais me tuer!»

    Peu après, Nodar Kumaritashvili, classé 44e au monde, s’est élancé sur la piste. Il faut croire qu’il avait surmonté sa peur, puisqu’il a négocié le virage maudit à la vitesse de 144,3 km/h.

  4. Une fraction de seconde plus tard, il a perdu le contrôle de sa luge avant d’aller s’encastrer dans un pilier de métal.

    On peut présumer qu’il n’a même pas eu le temps de réaliser qu’il allait mourir…

    L’accident mortel n’est pas le premier à survenir en marge des Jeux olympiques. La dernière fois, c’était en 1992, à Albertville, en France. Un skieur avait percuté une machine servant à l’entretien des pistes.
    Mais la mort du Géorgien vient rappeler que les Jeux constituent d’abord un immense spectacle, une machine à fabriquer des émotions fortes. «The show must go on.»
    En 1984, les Jeux de Sarajevo présentaient 39 compétitions. Vingt-six ans plus tard, ceux de Vancouver en comptent 86. Comme par hasard, les nouvelles épreuves sont généralement spectaculaires. Et souvent dangereuses.

    La télé paye. Elle veut de l’action. Même les «vieilles» épreuves comme la luge doivent mettre le paquet. On n’attire pas les mouches avec du miel. Comme l’a déjà dit un entraîneur, «on n’obtient pas de bonnes cotes d’écoute en présentant des pépés qui jouent au bingo. Sauf peut-être si on leur fournit des gants de boxe, qu’on les bourre d’amphétamines et qu’on leur fait croire que le voisin veut empoisonner leur chat adoré.»

  5. C’est vrai, il y a des nouveautés plus tranquilles, comme le curling. Mais rappelez-vous que sa réintroduction, en 1998, avait déchaîné les mauvais plaisantins.

    «Le curling n’est pas un sport», avait raillé le joueur de basketball Charles Barkley. «J’ai téléphoné à ma grand-mère pour lui dire qu’elle pourrait gagner une médaille d’or, puisqu’ils ajouteront sûrement le dépoussiérage.»
    En tout, la «sécurité» des Jeux de Vancouver devrait coûter la bagatelle de 900 millions $.

    Sûr que les organisateurs redoutaient le terrorisme. Mais ils auraient peut-être mieux fait de surveiller des dangers plus immédiats. Du moins pour les athlètes.

    Sur la piste de Whistler, les signes avant-coureurs du désastre ne manquaient pas.

    La veille de l’accident de Kumaritashvili, une lugeuse roumaine s’était assommée, lors d’une spectaculaire embardée. «La piste est trop rapide», avait concédé Joseph Fendt, le président de la Fédération mondiale de luge. En théorie, la vitesse ne devait pas y dépasser 137 km/h. Mais un athlète venait d’atteindre 154 km/h…

    On dira que la luge constitue un sport dangereux. Mais cela n’excuse pas tout. Nul besoin d’être un expert pour s’étonner de la présence d’énormes piliers de métal, le long de la piste. Comme si un circuit de Formule 1 tolérait des rangées d’arbres centenaires dans certains virages…

  6. Difficile de conclure sans citer la déclaration étonnante du concepteur de la piste de Whistler, l’architecte Laurenz Kosichek. Le 14 décembre, lors d’une entrevue au réseau de CTV, il affirmait qu’en 2004, au début du projet, il ne connaissait «à peu près rien» sur la luge et sur le bobsleigh.

    Décidément, Nodar Kumaritashvili avait raison d’avoir peur. Au fond de lui-même, il savait que la gloire est éphémère, tandis que l’obscurité, c’est pour toujours.

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