Édition
Internet sert à tout même à faire languir. En prévision du lancement du volume 2 de la bande dessinée Burquette (Les 400 coups), qui a mis sur la carte bédé le jeune et talentueux auteur Francis Desharnais en 2008, la jeune Alberte (héroïne de cette série) a décidé de se faire aguicheuse en format numérique avec cette vidéo qui circule actuellement sur la Toile.
Il n’y a rien de très étonnant, mais en 30 secondes, l’auteur y expose quelques vignettes (en primeur) sur fond de musique binaire composée par Philippe Venne. C’est frais, c’est jeune, c’est dynamique et c’est une nouvelle fois la preuve que la mise en marché de la littérature — la bande dessinée en fait partie — est bel et bien en mutation…
Les mutations des temps présents n’épargnent rien, ni personne. Pas même les héros de bande dessinée: Paul, le sympathique personnage imaginé par le bédéiste Michel Rabagliati, va voir en effet ses aventures portées… au grand écran. La maison d’édition La Pastèque vient de l’annoncer, en passant par le réseau de micro-clavardage Twitter. L’adaptation touche le sixième volume de la série, Paul à Québec, titre qui, depuis sa sortie au printemps 2009, ne cesse d’être couronné par la critique, ici comme ailleurs.
Tout est politique, y compris le code-barre. C’est en tout cas ce que pense la savoureuse petite maison d’édition française de bandes dessinées, L’Association, qui a décidé de faire de ce symbole, dense en lignes, un lieu de revendication. Et comment! Désormais, sur la quatrième de couverture de ses bouquins, l’éditeur propose des codes-barres amovibles accompagnés d’un texte en micro-caractère mais sans équivoque (celui reproduit ici a été attrapé sur le dernier Lisa Mandel intitulé HP: «se refusant à imprimer sur ses livres des codes-barres tout aussi esthétiquement disgracieux qu’éthiquement déplaisants; et devant néanmoins, pour des raisons de logistique devenues inévitables, se résoudre à les faire figurer sur ses ouvrages au moyen d’étiquette autocollantes, vilaines, onéreuses et agaçantes; tient à préciser que lesdites étiquettes ont été étudiées pour que leur colle n’abîme pas la couverture des livres, et qu’il est donc du devoir du lecteur de les décoller du livre après acquisition, puis de les détruire avec rage et jubilation en chantant à tue-tête: “l’humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier bureaucrate aura été pendu avec les tripes du dernier capitaliste!"». Et forcément, après ça, tout autre commentaire serait superflu…
L’illustrateur-créateur Claude Robinson, toujours en tension judiciaire avec des multinationales du divertissement pour vol de concept, vient de recevoir un charmant appui: Paul, le personnage de bande dessinée imaginé par Michel Rabagliati, a décidé de lui témoigner son soutien, un bras en l’air, le regard déterminé, comme le démontre le dessin ci-contre.
Le croquis a été envoyé hier par le père de Paul sur le site de l’Opération Claude Robinson, un espace en ligne monté par des amis du créateur bafoué afin de collecter des fonds pour l’aider à poursuivre une saga judiciaire qui s’éternise depuis maintenant 15 ans.
Mobilisation des auteurs belges contre les téléchargements illégaux de leurs créations: deux lois visant à mettre un terme à ce sport numérique sont actuellement en cours d’assemblage au pays de Jacques Brel, rapporte Le Monde dans son édition du jour. Deux modèles sont actuellement à l’étude, un cadre souple dans lequel les internautes pris la main dans le sac à fichiers partagés sans autorisation seraient graduellement sanctionnés et un autre où une «licence globale» payée chaque mois donnerait accès, sans reproche, au monde de l’échange en ligne. Frédéric Young, délégué général de la plus grande société belge de gestion du droit d’auteur, en parle d’ailleurs ici. Et bien sûr, dans un monde en mutation où la question des droits d’auteur fait régulièrement surface, l’écouter (en le lisant) n’est pas inintéressant.
C’est en train de devenir une habitude. Encore une fois cette année, le quotidien britannique The Guardian, propose à ses lecteurs, une liste des 100 sites web dont on ne pourrait pas se passer pour faire face à notre époque. Vous voulez des noms? Les collègues de Londres en proposent à la pelle dans différentes catégories. Pour les blogues, ils pointent par exemple des endroits comme Blogger, Bloglines ou encore Wordpress, parce que c’est «gratuit et sans pourriel». Section divertissement, c’est le site de Dilbert — oui, la bande dessinée —, Pocket Gamer, Gamasutra ou encore The Onion, le célèbre site satyrique. Le palmarès tire bien sûr dans toutes les directions avec des absents étonnants, comme par exemple le site du New York Times ou celui de la BBC, des présences un peu gênantes, comme le site du potineur californien Perez Hilton et des évidences, comme Google, le moteur de recherche. Mais, comme on dit, les listes, c’est bien, c’est à la mode, mais c’est plein de défauts.
La révolution numérique dans l’univers de l’édition est en marche et rien ni personne ne semble vouloir l’arrêter. Mais quel va être le support ou l’objet qui, à l’avenir, va permettre la prolifération du livre numérique dont tout le monde parle par les temps qui courent sans vraiment lui voir le bout du nez? C’est la grande question que pose aujourd’hui le blogue La Feuille en tentant de mettre un peu d’ordre dans un écosystème électronique où les Kindle, Nook et iPad cherchent à faire croire qu’ils seront les incontournables de demain pour assurer la suite des choses, dans le monde de la lecture. Et bien sûr, pour toutes ces raisons, ce billet sans prétention mérite d’être lu, en format électronique…
Le dommage collatéral n’était pas très évident, mais le New York Times vient de mettre le doigt dessus: avec l’avènement du livre numérique, ce n’est pas seulement le plaisir de toucher du papier qui va disparaître. La découverte d’une couverture de livre, à la sauvette, dans les mains d’une jeune fille assise dans un train, se prépare aussi à n’être qu’un bon vieux souvenir. C’est en tout cas ce qu’explique le journaliste Motoko Rich dans les pages numériques du quotidien new-yorkais.
Il n’y a rien d’incompatible: on peut être le chouchou de la bédé québécoise, aimer se promener dans le passé et vivre aussi avec son temps. C’est en tout cas ce que prouve aujourd’hui Paul, le personnage imaginé par le bédéiste Michel Rabagliati. En prévision de sa tournée en France, qui débute aujourd’hui et pour une dizaine de jours, l’éditeur La Pastèque a en effet décidé d’inscrire les aventures parisiennes du sympathique personnage dans le réseau de microclavardage Twitter. En 140 caractères et sur le vif, ce voyage de Paul et de son auteur, qui s’est fait honorer récemment d’un Prix du public à Angoulême — la grande messe du 9e art — va donc être raconté ici. Et le premier tweet donne le ton: «Nous le confirmons, Michel Rabagliati aura un horaire de premier ministre: France Inter, France Culture, Le Monde, Le Figaro, ouf!» On attend déjà la suite…
«La révolution numérique du livre de bande dessinée se passe ici et maintenant… dans la confusion, à marche forcée et sans les auteurs». Les mots sont sans équivoque. Ils forment aussi l’introduction d’une pétition que vient de mettre en ligne un regroupement de bédéistes européens qui, sous la pression de la modernité, sentent de plus en plus le tapis numérique leur glisser sous les pieds. Et forcément, ces marchands de bulles, affiliés au Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC), veulent mettre un terme à la dérive. Pour le moment, plus de 600 artistes ont trempé la plume, là où ça fait mal.
Bédé offert en format numérique, sur des sites spécialisés ou par l’entremise d’applications pour téléphone intelligent, les auteurs veulent «être associés de très près à ce qui sera peut-être demain le moyen de diffusion principal de [leurs] œuvres», peut-on lire.
C’est le syndrome de La Ronde: quand tout va trop vite, ça peut finir par aller mal. L’Authors Guild, un puissant regroupement d’écrivains américains, a tendance à le croire elle qui vient de sensibiliser, par lettre, l’ensemble de ses membres, pour qu’ils obtiennent à l’avenir la juste part des droits numériques lors de la diffusion de leurs oeuvres en format binaire. Le Publishers Weekly, une référence dans le monde de l’édition, fait le point sur la question ici.
Deux grands éditeurs des États-Unis sont d’ailleurs pointés du doigt: Random House et HarperCollins qui offriraient aux plumes qui ont étoffé leurs catalogues dans les dernières années 25 % des droits d’auteurs perçus pour les versions numériques. Versions dont la prolifération est fortement envisageable dans un avenir proche avec l’avènement du iPad et de ses pâles copies.
Toujours plus vite, toujours plus court: telle est la devise de cette époque opaque et épique.
Après Twitter, qui oblige le plus souvent à résumé ce que d’autres médias ont déjà synthétisé, et en 140 caratères ou moins, svp, voici les grands classiques de la littérature mondiale en quatre cases de BD, et pas une de plus. Qui dit mieux?
La curiosité s’intitule «90 livres cultes à l’usage des personnes pressées». L’ouvrage concocté par Henrik Lange et Thomas Wengelewski est paru en suédois en 2008. Il vient d’être traduit en français par les éditions Ça et Là.
Voici donc «À la recherche du temps perdu», «Gatsby le magnifique», «L’Histoire de Pi» ou «1984» ramenés au pur jus du noyau dur de la substantifique moelle essentielle.
«Nous vous proposons La Nausée résumée en cinq phrases, dit le quatrième de couverture. Nous vous offrons la crédibilité littéraire dont vous rêviez pour vos dîners en ville, tout ça en moins de temps qu’il n’en faut pour épeler L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche.»
Dans sa (courte) critique, Fluctuat.net note plutôt que «c’est autant de clins d’oeil amusants davantage destinés aux amoureux des livres qu’aux paresseux qui pensent pouvoir s’en dispenser grâce à quelques dessins».
Bref, il faudrait avoir lu les 2000 et quelque pages du Quichotte pour apprécier la synthèse en une seule, dessinée en plus. Ça se tient…
La même équipe prépare une suite, consacrée cette fois aux films cultes. «Andreï Roublev» en quatre cases… Toujours plus vite, toujours plus court…
Rédigé par Stéphane Baillargeon le Vendredi 19 Mars 2010 à 09h04
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By Jove! Un éditeur britannique mettra en vente dans quelques jours une pièce présentée comme un texte perdu de Shakespeare, l’auteur le plus célèbre du monde, toutes catégories confondues.
La pièce s’intitule «Double Falsehood», soit Le Double mensonge. Il s’agit d’une adaptation signée par Lewis Theobald au XVIIIe siècle, basée en partie sur «Cardenio», œuvre perdue de Shakespeare datant elle-même de 1613. Theobald affirmait détenir trois textes originaux de «Cardenio».
Le «Double mensonge» raconte l’histoire de deux hommes et de deux femmes qui kidnapent une jeune fille vertueuse. La réinterprétation de Theobald a été montée à Londres en 1727, 111 ans après la mort du grand Will. Les experts de l’époque, dont le poète Alexander Pope, avaient crié à l’imposture.
Le spécialiste contemporain Brean Hammond, professeur à l’université de Nottingham, affirme qu’au contraire on peut déceler des traces du style de Shakespeare dans le texte. Le détective des lettres va donc le publier comme tel, tout en reconnaissant que plusieurs plumes ont retouché la tragi-comédie.
Des rumeurs persistantes veulent que la pièce soit à l’affiche inaugurale de la Royal Shakespeare Company dans sa salle de Stratford-upon-Avon, en pleine rénovation.
Rédigé par Stéphane Baillargeon le Jeudi 18 Mars 2010 à 10h29
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Parler de mutations, c’est bien. La voir, c’est encore mieux. Avec Seoul District, l’équipe formée du réalisateur français Hervé Martin Delpierre et des dessinateurs Park Chul Ho et Park Hong Jin sont en train d’écrire un nouveau chapitre dans l’histoire de la bande dessinée en la faisant sortir de ces codes traditionnels.
À cheval entre la bédé, l’animation et le film, l’objet hybride, qui va prendre son envol dans quelques semaines, se veut en effet une expérience multi-plateformes, également consommable en format mobile, sur le iPhone, pour commencer, et le iPad, quand il sera là. Bien sûr, le gang d’Ave! Comics est un peu derrière tout ça.
Et comme si cela n’était pas assez, la redéfinition du cadre passe aussi par un concours en ligne qui, à terme, va permettre à un internaute de devenir un des personnages de cette série dont la valeur artistique reste encore à prouver, contrairement à sa valeur symbolique, qui elle ne fait aucun doute.
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