Déluge de mots interdits au Salon bleu

image EN DIRECT DU PARLEMENT : Période de questions houleuse, ce matin, en chambre. La raison? Le dépôt du rapport du Vérificateur général, qui s’est penché sur le dossier le plus chaud de l’heure, l’attribution de contrats dans le merveilleux monde des Transports. Les parlementaires étaient déchaînés et dans ce temps-là, les mots interdits par le règlement fusent. Pauline Marois demande la démission de deux ministres. Jacques Dupuis réplique: «La chef de l’opposition, dans son préambule, dit plusieurs faussetés.» Le président Yvon Vallières lance un avertissement. Réplique de Pauline Marois : «Je vais laisser le gouvernement dire les faussetés qu’il voudra.» M. Vallières, sans se fâcher, bien sûr, revient à la charge et rappelle l’existence d’une liste de mots interdits en chambre :«Je vous demanderais de ne plus utiliser ce terme. D’ailleurs, le terme, il fait partie de la liste, alors je vous invite à ne pas en faire usage.» Faisant fi de ces avertissements, le leader péquiste Stéphane Bédard, plus tard, a accusé le gouvernement en ces termes : «Ses ministres ont menti aux Québécois.» Le président lui a demandé de retirer ses propos. Cela n’a pas empêché Jacques Dupuis, un peu plus tard, de lancer : «Dès que ces gens auront lu 4.43 et 4.44, ils verront que le leader de l’opposition officielle est un menteur.» //////// Au fait, à tous ceux qui s’inquiètent des nombreuses révélations de pratiques douteuses, le ministre délégué aux Transports, le coloré Norm MacMillan (photo) a lancé un cri du coeur : arrêtez de vous en faire, en ces termes: «Voulez-vous arrêter de blâmer tout ce qui se passe ici, puis de parler des montants d’argent qu’on injecte dans les régions du Québec. C’est facile de blâmer des gens qui travaillent fort, mais de blâmer tout le monde… Le ministère des Transports a fait sa job puis, depuis 2005, fait sa job encore plus difficilement pour les contrats qui sont attribués. Arrêtez donc de faire ça, ces niaiseries-là.» Le premier ministre Charest est d’accord. Il est resté assis presque toute la période de questions et s’est levé une fois seulement à la fin (impossible pour l’opposition de répliquer...) pour dire que le «ministère des transports avait fait sa job» dans un cas mentionné au paragraphe 4.96 de son rapport. Je viens de demander au Vérificateur général s’il pense que le MTQ «a fait sa job», dans ce cas. Il n’est pas d’accord : le ministère aurait dû contacter la Sûreté du Québec et ne l’a pas fait.

  Vos commentaires

  1. Je vous en supplie, occupez-vous davantage des maux que des mots. Débarassez-nous des pourris pègreux qui nous mènent comme des crapules.

  2. Les «maux», je m’y intéresse dans mes articles de reporter et de «responsable» de la page philo, publiés dans le journal et sur notre site. Quant aux mots, je leur réserve toute la place ici. Si vous me permettez…

  3. Qu’est-ce qui se passe cette semaine? Les grincheux se sont donné le mot? Continuez, M. Robitaille, ce carnet est fabuleux!

  4. Par dela les gros mots , c’est le vérificateur du Québec qui blâme directement deux ministres pour ne pas avoir respecté les règles de leur propre ministère ! Mais il n’y a rien a attendre de ce premier ministre qui a raison d’avoir une peur bleue d’une commission d’enquête.....
    Normand Carrier

  5. Bravo M. Robitaille !

    Heureusement qu’il reste encore des journalistes comme vous qui savent écrire. Et qui ont de l’humour en plus ! Laissez-nous en profiter avant que le français ne devienne un sabir pour assurer aux générations montantes des études sans traumatisme dû à l’effort d’apprendre et de se souvenir.

  6. Ma mère n’aimait pas que l’on aille «pisser», elle voulait que l’on dise «faire pipi».

    Il faut que nos politiciens disent ce qu’ils ont à dire (c’est si peu), mais sans les mots pour le dire.

    On ne peut dire de quelqu’un qu’il est un menteur à l’Assemblée nationale, alors je suggère « négateur de la vérité ».

    Autre suggestion : puisque la vérité est un mensonge qui n’a pas encore été découvert, on pourrait dire « propagateur de vérités non éventées ».

  7. Auriez-vous la gentillesse de partager un lien vers cette fameuse liste de mots interdits? merci!

  8. Pour l’amour des mots et de quelques maux de travers : http://correcteurs.blog.lemonde.fr

  9. Au moins, votre chronique à vous, Monsieur Robitaille, n’aura pas subi le vériatble désastre typographique du nouveau Devoir…

    Ne serait-ce que pour cela, je reviendrai sans doute vous voir plus souvent.

    Car il n’y a pas que les mots, il y a aussi le plaisir lire la manière dont on les dessine…

    En espérant que nos multiples critiques finissent par être entendues..

    P.S ..et puis… notre petit Amir.. ?  il me semble qu’il se débrouille pas mal ces temps-ci non ?

  10. Bravo pour les suggestions de Jacques Gagnon. Pourquoi ne pas faire un lexique d’insultes élégantes qui pourrait alimenter ce cirque que nous tolérons trop…

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À propos

Correspondant du Devoir à l'Assemblée nationale, le journaliste Antoine Robitaille s'intéresse aux mots qui sortent de la bouche des acteurs de la classe politique. Il est aussi à l'origine du Devoir de philo, une série de textes inspirés des idées des grands philosophes qui trouve aussi son écho dans ce carnet.

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