Jeudi 31 Décembre 2009

L’année Purell

image UNE REPRISE POUR LE 31 DÉCEMBRE : La question me fut posée et imposée par l’équipe de Bazzo.tv. «Et si l’année 2009 était un film, quel en serait le titre?» Ma réponse? «L’année Purell» Une année où l’on a voulu se désinfecter totalement pour éviter les pandémies. Se purifier aussi sur le plan éthique; c’en est devenu une véritable obsession: commissaire, code de déontologie, etc. Purell, enfin, parce que tant d’acteurs sur la scène politique (au premier chef le gouvernement Charest) ont voulu s’en laver les mains… (Par ailleurs, comme bien d’autres, j’aurais voulu être actionnaire de cette compagnie en 2009. Mais bon.) Rappel sur le mot de 2008. (Photo : collection personnelle.)

Perles du passé : Les Québécois et leurs douces «moitiés»

image Marcel Landry, député péquiste de Bonaventure et ministre de l’Agriculture, en 1996, s’exprime sur le projet de loi sur l’équité salariale. Il lance : «Équité de droits et égalité de droits pour une majorité de la population du Québec, puisque, comme vous le savez, les FEMMES constituent actuellement la MAJORITÉ des CITOYENS ET DES CITOYENNES du Québec.» Concluons que tous les Québécois ont des douces moitiés… (Merci de nouveau à Patrice Juneau pour le filon.)

Mercredi 30 Décembre 2009

Perles du passé : un «navire» sur les «rails»

image Guy Chevrette, ministre du PQ en 1996, en parlant d’Hydro-Québec, déclare : «On a fait des efforts pour replacer ce NAVIRE AMIRAL sur les RAILS. Et nous avons procédé à d’excellentes nominations à cet effet.» Est-ce qu’on avait nommé un capitaine ou un cheminot? (Merci à Patrice Juneau pour le filon)

Mardi 22 Décembre 2009

Deux manières de faire disparaître les «problèmes»

image Ma collègue et amie, Jocelyne Richer, me fait remarquer que de plus en plus, le mot «problème» est remplacé par «défi» par les politiciens. «Chaque fois qu’on soulève un “problème” à un ministre, et c’est particulièrement vrai avec Nathalie Normandeau, tu remarqueras qu’il (ou elle) utilisera l’euphémisme de ”défi”, souvent à mauvais escient.  Avec le gouvernement, les problèmes, quelle que soit leur importance ou complexité réelle, n’existent plus, envolés, disparus comme par enchantement. Il n’y a plus que des défis à relever! Comme c’est noble!» Justement, hier, la ministre Normandeau a commenté le rejet, par plusieurs, de l’entente Hydro-Québec-Énergie Nouveau-Brunswick, dans la province limitrophe. Le gouvernement de Shawn Graham doit convaincre les citoyens néo-brunswickois : «C’est clair qu’il y a un défi là, à voir la couverture médiatique. Ce n’est pas un défi qui est nouveau.» Il y a une autre manière en vogue, d’apparence plus «savante», de faire disparaître les problèmes: il s’agit de les faire muer en problématique. Le ministre Yves Bolduc raffole du mot : «Le Dr Gaboury nous éveille à une problématique qui pourrait survenir. [...] On va s’asseoir avec les représentants, qui sont de très bonne qualité au Québec, et on va leur demander, pour eux, c’est quoi qui est le mieux pour la population québécoise et pour les patientes touchées par la problématique

Lundi 21 Décembre 2009

Les ministres libéraux muets

image EN DIRECT DU PARLEMENT—Ils ne se sont pas réunis en conseil des ministres depuis deux semaines. Dans les officines, on raconte que la réunion, qui a commencé à 11h30, sera longue et ardue. «Ça va finir tard», a-t-on entendu. 17h00… voire 17h30. Et aucune autre réunion du conseil des ministres prévue dans les deux semaines à venir. Un collègue journaliste, vétéran, me dit qu’il n’a jamais vu ça. Le Québec est dans le rouge. Son administration publique n’offre aucun accommodement à un laïque. Le premier ministre Charest, à Copenhague, a changé de ton après avoir eu la dent dure à l’égard du fédéral, après avoir parlé des «deux Canada». Tant de questions, tant de pourquoi. Et pas de réponse. Y a-t-il une consigne de rester muet? La seule réponse que les journalistes ont obtenue ce matin, à l’entrée du conseil des ministres : «Je n’ai vraiment pas le goût de répondre à vos questions ce matin.» Morceau de franchise lancé par «mon trésor», la présidente du Conseil du Trésor, Monique Gagnon-Tremblay. Ah oui, il y a aussi eu la ministre de l’Immigration Yolande James, qui a donné signe de vie. À la question «Le Québec ne devrait-il pas se doter d’une charte de la laïcité?», elle a réagi en ces termes : «Joyeux Noël M. Robitaille.» Au moins, elle n’a pas dit «Joyeux décembre». (Photo : Jacques Nadeau)

Vendredi 18 Décembre 2009

Êtes-vous plus «warmist» ou… «denier»?

image Il y a quelques jours que je veux vous poser la question, Copenhague oblige : êtes-vous davantage un «warmist» ou… «denier»? Deux néologismes signalés par le formidable site anglophone WordSpy.com, qui suit, avec un sourire, l’évolution de la langue anglaise dans les médias. Définition de «warmist»? «A person who believes that the current global warming trend is the result of man-made factors. Also: global warmist. —adj.» Le mot a été utilisé entre autres par le Daily Telegraph et le Irish Independent. Une suggestion de traduction pour «warmist»? Quant à l’antonyme de ce dernier, «denier», le collègue Louis-Gilles Francœur a depuis longtemps trouvé des équivalents français : «les ”sceptiques climatiques” et les ”négationnistes». (Photo : détail de la caricature de Garnotte de ce matin)

Jeudi 17 Décembre 2009

Je me souviens des «goupilismes»

image Vous vous souvenez de la ministre de la Justice péquiste Linda Goupil? Plusieurs sources certifient que si elle était toujours ministre aujourd’hui, elle serait une grande amie de ce carnet. Elle produisait tellement de perronismes et de perles que certains de ses collègues ministres avaient pris l’habitude de noter les «goupilades» ou les «goupilismes». J’ai déjà évoqué ce sujet ici, mais voici que des «revendeurs» de goupilismes sont sortis de l’ombre pour me refiler du matériel supplémentaire. Voici : après la démission de Lucien Bouchard, Mme Goupil avait parlé de la «chouffe à la courserie» qui suivrait… plutôt que «course à la chefferie». Quand elle sentait une menace, elle soutenait qu’elle avait «une épine de Démocrate au-dessus de la tête». Un jour, relatant une manoeuvre particulièrement perfide des gens d’en face, elle s’est exclamée : «On s’est encore fait fourrer par en arrière!» Une mesure était remise à plus tard? Dans la langue de Goupil, elle était «reportée au calendrier grec». Le ad nauseam des Landry et cie se muait fréquemment chez elle en «ad nauséabonde» dont un exemple a été consigné dans les transcriptions officielles : «On l’a exprimé de façon nauséabonde depuis le début de cette commission», ici et ici aussi. Un dernier? : «Payer rubis sur l’or». (Photo Assemblée nationale)

Mercredi 16 Décembre 2009

Pas «grand bâtisseur», «grand ambassadeur»?

image Jean Charest a multiplié les interviews aujourd’hui, en direct de Copenhague. Manifestement, il adore la scène internationale. Je me suis penché sur cette passion en août 2008, quelques mois après l’avoir interviewé sur une éventuelle entente entre le Canada et l’Union européenne… rencontre où j’avais constaté, là aussi, qu’il était particulièrement animé lorsqu’il parlait de ces questions. Tout ça pour vous rappeler, comme je le faisais en fin de semaine dans le journal : l’ancien conseiller péquiste Jean-François Lisée affirme sur son blogue qu’une fois qu’il franchit la frontière, «Jean-Charest-le-partisan devient Jean-Charest-le-grand-ambassadeur» En somme, pas «grand bâtisseur», «grand ambassadeur». Ma question : qu’en pensez-vous? Croyez-vous que cela présage la prochaine carrière de Jean Charest?

Les «bilans positifs», toujours «positifs»

image Deux communiqués du gouvernement tombés dans mon pigeonnier en moins d’une heure reprennent la même formule usée: «La ministre Christine St-Pierre dresse un bilan positif de sa mission en Europe», «Pierre Arcand dresse un bilan positif de la 25e conférence ministérielle de la Francophonie». Et quand on google dans le site communiques.gouv.qc.ca, on trouve 228 communiqués qui commencent par ce titre souriant. Un exemple : «Mission Europe 2009 - Raymond Bachand dresse un bilan positif.» Pour ma part, je dresse un bilan assez négatif de ce titre de communiqué bateau, d’une vacuité totale. (Merci à Martin Ouellet pour l’idée de sujet.)

Mardi 15 Décembre 2009

Tempête de clichés des fêtes sur le canal de l’Assemblée

image Les voeux de fin d’année des parlementaires: c’est toujours une sorte de guimauve verte, rouge et blanche agrémentée d’«atoka» et nappée de quelque chose comme du Cheez Whiz émotionnel genre «ayons une pensée spéciale pour les plus démunis de notre société: les personnes seules et celles qui éprouvent des difficultés». En cette «belle année» 2009, la diffusion des débats a décidé d’en rajouter et de gratiner le tout d’un enrobage visuel des plus quétaines. Les concepteurs se sont surpassés: flocons géants, lettrage «super chic», arrière-fond où l’on aperçoit un chalet rustico-kitsh, nuit d’hiver éclairée d’une lune à faire tressaillir Guy Laliberté, etc. Musique d’ambiance pleine de grelots qui grelottent. Le résultat a quelque chose de comique, surtout que les parlementaires lisent tous —assez mal— un texte similaire (ou à peu près) prêt-à-déclarer, inséré dans le télé-souffleur et bien entendu tissé de clichés et de belles paroles convenues du genre «moment privilégié pour marquer un temps d’arrêt», «occasion privilégiée qui m’est offerte de vous offrir mes voeux les plus chaleureux»; sans compter le couplet obligé sur les «citoyens et citoyennes de [prononcez ici le nom de votre circonscription] que je suis très fier/fière de représenter». Cette giboulée de bons sentiments passe en boucle sur le canal de l’Assemblée nationale et sur le site web de l’institution.image Attention aux indigestions et si la tête vous tourne, n’oubliez pas, il y a Nez rouge.

Lundi 14 Décembre 2009

Pile-patates pour financer le Parti libéral?

image L’atelier de design Métal en jupe propose depuis un mois son pile-patates Jean Charest: «De la purée pour décompresser. Défoulement culinaire, pacifique et politique.» On imagine très bien Marguerite Blais vendre des milliers d’exemplaires de cet outil servant à faire du manger mou afin d’atteindre son quota de financement de 100 000$ pour le PLQ. Au reste, Métal en jupe nous sert une purée dans le plus pur style catalogue d’exposition (sorte de langue de bois, voire de métal) pour définir son travail : «Les projets se caractérisent par l’utilisation des matériaux à l’état brut. La simplicité et l’efficacité deviennent la beauté. Ainsi, l’objet optimisé respecte son authenticité et devient intemporel. Il aime jouer à sortir les objets de leur contexte et susciter l’émerveillement avec des projets à la touche humoristique.»

Vendredi 11 Décembre 2009

Ministres libéraux : des «quêteux de luxe»

image Une lapierrerie très intéressante. Lorsqu’il devait faire du financement pour le Parti libéral du Canada (comme les ministres libéraux de Jean Charest doivent le faire «militairement»), Jean Lapierre se sentait comment? Comme un «quêteux de luxe» qui développe des liens trop solides, trop compromettants, avec ceux qu’il sollicite, a-t-il affirmé au 98.5 ce matin. Même qu’au fédéral, le Commissaire à l’éthique a interdit cette pratique des quotas par ministre, raconte Jean Lapierre. Le reportage de Pierre Duchesne, de Radio-Canada, hier, sur le sujet était, était décapant. (La photo de Norman —Norm— MacMillan, qui a naïvement révélé cette pratique, vient du site de R-C.)

Jeudi 10 Décembre 2009

L’année Purell

image La question me fut posée et imposée par l’équipe de Bazzo.tv. «Et si l’année 2009 était un film, quel en serait le titre?» Ma réponse? «L’année Purell» Une année où l’on a voulu se désinfecter totalement pour éviter les pandémies. Se purifier aussi sur le plan éthique; c’en est devenu une véritable obsession. Purell, enfin, parce que tant d’acteurs sur la scène politique (au premier chef le gouvernement Charest) ont voulu s’en laver les mains… (Par ailleurs, comme bien d’autres, j’aurais voulu être actionnaire de cette compagnie en 2009. Mais bon.) Rappel sur le mot de 2008. (Photo : collection personnelle.)

Mercredi 09 Décembre 2009

Une perle du passé : les cochons d’Yvon Picotte

image Nous sommes en 1991. Titre d’un communiqué du ministre de l’Agriculture de l’époque : «Inauguration des agrandissements du centre d’insémination porcine du Québec: le ministre Yvon Picotte invite les éleveurs à se prévaloir davantage de ses services» Dans la bureaucratie, on s’en souvient comme de la fois où un rédacteur de communiqué a clairement fait passer son ministre pour un cochon. (Merci à Michel Corbeil, du Soleil, qui a retrouvé, en faisant son ménage, un article où il avait révélé la bourde, le 27 mai 1991.) (Photo : Assemblée nationale)

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À propos

Correspondant du Devoir à l'Assemblée nationale, le journaliste Antoine Robitaille s'intéresse aux mots qui sortent de la bouche des acteurs de la classe politique. Il est aussi à l'origine du Devoir de philo, une série de textes inspirés des idées des grands philosophes qui trouve aussi son écho dans ce carnet.

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Lio Kiefer
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