À mes yeux, le gagnant du Prix de l’humour politique (remis annuellement par le Press Club de France) s’impose cette année: c’est Georges Frêche. Et grâce à quelle phrase célèbre ce célèbre président du conseil régional de Languedoc-Roussillon mériterait-il cet honneur? «Des gens intelligents, il y en a 5 à 6 % ; moi je fais campagne auprès des cons.» On comprend qu’il dit tout haut ce que bien des membres des élites politique et médiatique pensent, en France comme chez nous. Pour les autres phrases en lice, cliquez ici. Pour un article du Monde sur ce prix, ici. Pour l’entrée que nous avons consacrée à ce superbe prix, en 2009 (dont nous aimerions bien avoir une version québécoise), ici. (Merci à une DameClicquot, sur Twitter, qui m’a signalé la fournée 2010 du PHP)
Je ne m’étais pas entendu, mais vérifications faites grâce au sadique Michel C. Auger, cette perle est effectivement sortie de ma bouche hier, à 24h en 60minutes: «C’était une chaîne dans le maillon.» Ha! Je parlais de Chantal Landry, la responsable des nominations au bureau du premier ministre Charest. Je me punis pour ce perronisme quasi-tomassien en m’assénant quelques coups de maillon.
Rédigé par Antoine Robitaille le Mercredi 01 Septembre 2010 à 06h30
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Robitailleries •
Moment délicieux pour Mots et maux™, en fin de journée, hier, à la commission Bastarache. Marc Bellemare a contredit la procureur du gouvernement, Suzanne Côté: «“Influences très colossales”, c’est du mauvais français et je ne dis jamais ça», a-t-il rétorqué en substance. Mme Côté a insisté, soutenant que ce barbarisme était bel et bien sorti de la bouche de l’ancien ministre. Mais elle ne trouva rien dans les transcriptions officielles qui soutenait ses dires. La phrase, datant du 24 août se lisait plutôt ainsi: «Les influences étaient colossales et très très sérieuses, je savais que Franco était un ami du Premier ministre...» La reprise, comme au tennis, a donné raison au joueur Bellemare. Je note toutefois que l’avocat raffole de l’expression «au niveau de», ce qui n’est pas pour nous déplaire, nous qui aimons tant chasser cette bête tenace ! Quelques exemples : «Ça a été ralenti au niveau de la machine à partir de septembre.»
Quelle orthographe est votre favArite? «Plogué» ou «Plugué»? La commission, dans ses transcriptions officielles, a tranché : «Je ne sais pas de qui a su ça, mais il était assez ”plugué”, merci», a déclaré Marc Bellemare à propos de l’entrepreneur en construction Franco Fava.
EN DIRECT DE LA COMMISSION BASTARACHE—Marc Bellemare est arrivé en taxi vers 8h57 en compagnie de son avocat Rénald Beaudry. L’ancien ministre de la Justice a lu cette déclaration: «Au cours des dernières semaines, j’ai exprimé des sérieuses réserves au sujet de la commission Bastarache. Et les sondages publiés hier indiquent qu’une majorité de Québécois partagent les mêmes réserves. Mais ces sondages montrent également que les Québécois veulent entendre ce que j’ai à dire et j’en ai pris acte. C’est pourquoi je suis ici ce matin. Depuis le début je souhaite pouvoir témoigner au grand jour pour que tous les citoyens du Québec puissent juger du sérieux et de la gravité de mes affirmations. J’espère que cette commission me donnera cette opportunité aujourd’hui.» Une poignée de manifestants (une dizaine en tout) déguisés en clowns accueillaient les participants à la Commission.
Toute cette frénésie autour du tennis en raison de la coupe Rogers m’a rappelé une biographie qui m’a fait beaucoup rire: celle de l’ex-ministre péquiste Richard Legendre, aussi ex-tennisman. Rien de plus drôle que le comique involontaire. C’est celui, justement, qu’exploite à merveille le Cabaret biodégradable. (Si jamais les organisateurs ouvrent un volet politique, ils se doivent d’inclure L’humilité d’un gagnant — oui, c’est bien le titre du livre, dont l’auteur est Meeker Guerrier et l’éditeur Les Intouchables, 2005.) Le plaisir commence dès les premières lignes : «C’est à Montmagny, une ville située à proximité de Québec, que naît Richard Legendre, le 19 janvier 1953. Sa naissance est une surprise pour ses parents.» Papa et maman Legendre n’avaient pas remarqué la bédaine? Un passage de la page 30 est pas mal, aussi : «Avec les années, Richard Legendre a développé le réflexe de toujours se préparer adéquatement. C’est une obligation qu’il s’impose coûte que coûte. En politique, il apprend rapidement qu’il n’a pas le temps, ou si peu, à consacrer à la préparation.» Rassurant!
«Killeuse»: néologisme aperçu dans le magazine français Le Point, lors d’une lecture de plage, cet été. «Adieu donc, salaire mirobolant et costume sexy de killeuse de la finance», écrit Violaine de Montclos au sujet d’Isabeau de R., passée «de la banque à la scène», dans une série sur des gens qui ont décidé de changer de vie. Désormais, lorsqu’il voudra condamner la chef péquiste pour s’être donné une personnalité de tueuse, Jean Charest adoptera-t-il le néologisme? Voyons ce que ça donnerait : «Mme Marois a dit, pendant la session parlementaire, [...] que, dorénavant, elle allait devenir une KILLEUSE.» (?)
EN REPRISE (publié une première fois le 13 mai 2010) Tout un syllogisme du ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis, [le 13 mai], en réponse aux questions du péquiste Bertrand St-Arnaud : «Le député de Chambly [St-Arnaud] a des choix à faire dans sa vie politique, hein? Actuellement, depuis un certain nombre de jours, il a le choix à faire entre l’intérêt public et la politique. Il a [un] choix à faire entre [...] la sécurité publique et la politique. Il a un choix à faire entre la vérité et la politique. Dans tous les cas, malheureusement, il a choisi la politique.» Plus tard, Jean Charest a lancé : «N’importe qui peut se lever… Ça ne prend pas un génie pour se lever à l’Assemblée nationale du Québec, ça ne prend pas beaucoup de talent pour se lever, avec l’immunité parlementaire, pour dire n’importe quoi.» Après ça, les élus se plaignent que leur travail est déconsidéré.
Rédigé par Antoine Robitaille le Lundi 09 Août 2010 à 07h20
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Les gens de marketing nous prennent souvent pour des imbéciles. J’en ai trouvé une autre preuve sur une petite bouteille d’eau de plastique Poland Spring, hier. La compagnie a réduit légèrement la taille de ses bouchons de plastique. Elle s’en vante sur l’étiquette dans un délire de ce que des anglophones ont qualifié de «greenwashing» (le Grand dictionnaire terminologique traduit par «mascarade écologique», ce qui ne me semble pas heureux. Wikipedia propose écoblanchiment, ce qui est déjà mieux). Voici le délire en question : «Did you notice that this bottle has an Eco-Slim cap? This is part of our ongoing effort to reduce our impact on the environment. This bottle and cap contain an average of 20% less plastic than our original 500 ml Eco-Shape® bottle and cap. Be Green. We can all make a difference. Please recycle.» C’est non seulement eco-caricatural, c’est carrément eco-cynique, quand on sait à quel point les bouteilles de plastiques sont devenues une eco-plaie dans la dernière décennie.
Comment désigner quelqu’un qui est à la fois de l’Islam et du Québec? Dans son excellent blogue L’Oreille tendue, Benoît Melançon relève une belle expression utilisée quelques fois sur Twitter, «Québécois de SOUK». Le collègue et ami twitterolique Taïeb Moalla (photo du haut), qui tient le blogue Coucous et Poutine, en a usé récemment pour se qualifier lui-même. Elle a été reprise à propos d’un autre collègue et ami, non moins twitterolique, Akli Aït Abdallah (photo du bas). Comme Benoît Melançon, j’envie celui qui a forgé l’ingénieux syntagme.
Rédigé par Antoine Robitaille le Mardi 27 Juillet 2010 à 19h16
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Métaphores en l'ère •
Néologisme •
Il y a des aptonymes, les noms prédestinés. Et il y a des chansons de circonstance. Pourrions-nous dire… apto...chansons? Devinez quelle ritournelle bien connue jouait au sol, dans les hauts-parleurs, lorsque le F-18 s’est écrasé en Alberta, pendant une séance d’entraînement pour un spectacle aérien? Avion de chasse dont le pilote Brian Bews a réussi à s’éjecter une seconde avant le crash? Staying Alive, des Bee Gees! La preuve, dans ce vidéo trouvé dans le site du Edmonton Journal.
Rédigé par Antoine Robitaille le Samedi 24 Juillet 2010 à 04h40
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Aptonymes •
Néologisme •
JOLIE PERLE D’ÉTÉ. Entendue hier à l’émission Retour sur le monde, à Radio-Canada, la mairesse de Lévis, Danielle Roy-Marinelli, au sujet de son projet de la revitalisation du quai Paquet et du secteur de la traverse : «La ville a fait son NID là-dessus.» Autrement dit, petit à petit, l’oiseau fait son LIT?
EN REPRISE (publié une première fois le 9 février 2009) Authentique. C’est André Bougaïeff qui me signale cet aptonyme fabuleux. M. Marc Dufumier est professeur, titulaire de la Chaire d’agriculture comparée et de développement agricole à l’Institut national agronomique Paris-Grignon et a entre autres publié Agricultures et paysanneries des Tiers mondes. En vidéo ici. Incroyable.
Rédigé par Antoine Robitaille le Mardi 20 Juillet 2010 à 11h01
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Aptonymes •
EN REPRISE (publié une première fois le 13 avril 2010) Envoyée au front par le gouvernement pour attaquer son ancien collègue Marc Bellemare, Nathalie Normandeau est très fâchée. Et quand elle est très fâchée, la vice-première ministre a tendance à faire… des bonnardelleries. Exemple: «Marc Bellemare ne peut pas se substituer au-dessus des lois», entendu ce matin à Radio-Canada. Dans ses interventions, elle utilise l’expression «agenda de Marc Bellemare». En français, agenda, c’est un «carnet prédaté sur lequel on peut noter les choses à faire ou déjà faites». Comme celui du premier ministre Jean Charest, où il est sans doute indiqué qu’en 2003, 2004 et peut-être même 2005, il a rencontré Marc Bellemare. Mais au sens où Mme Normandeau l’emploie? C’est un faux ami:
Correspondant du Devoir à l'Assemblée nationale, le journaliste Antoine Robitaille s'intéresse aux mots qui sortent de la bouche des acteurs de la classe politique. Il est aussi à l'origine du Devoir de philo, une série de textes inspirés des idées des grands philosophes qui trouve aussi son écho dans ce carnet.