Le vieux routier

Le chef bloquiste Gilles Duceppe est fidèle à lui-même, d’entrevue en entrevue. Solide, bien au fait de ses dossiers, capable d’offrir des faits, des chiffres, des exemples. Il n’a pas fait exception dans son entrevue au Forum des chefs. Aux problèmes qu’on lui soumet, il répond en offrant des solutions concrètes. On reste toutefois toujours confronté au même paradoxe. Le Bloc québécois a de bonnes idées, mais il ne pourra jamais les mettre en oeuvre. Il pourra seulement compter sur la pression, non seulement de ses députés, mais des électeurs et, surtout, du gouvernement du Québec et d’autres acteurs sociaux pour les voir reprises par le parti au pouvoir.

Il faut dire que c’est le sort de tout parti destiné aux banquettes de l’opposition. Malgré ses prétentions, le NPD est dans le même bateau. Dans ce contexte, le Bloc aurait pu en profiter pour se la couler douce et dorer la pilule, mais il a le mérite de toujours avoir fait ses devoirs électoraux et de présenter, élections après élections, des programmes étoffés et chiffrés. Les bloquistes le font par souci de rigueur, parce qu’ils tiennent à prouver qu’ils prennent leur travail au sérieux et ne prennent pas leurs électeurs pour acquis.

L’exercice est par ailleurs nécessaire car il nous permet de savoir où le parti logera lorsque certains dossiers importants seront débattus au Parlement, mais il faut reconnaître que ce ne sont pas les idées précises du parti qui lui vaut ses appuis actuels dans les sondages. Ce n’est pas parce que le document bloquiste est ironiquement le plus volumineux de tous les programmes cette année qu’il est le plus lu. Si le Bloc a remonté la pente, c’est parce que son orientation générale se distingue clairement de celle du chef conservateur Stephen Harper et que ce dernier a pris les Québécois à rebrousse-poil avec ses décisions en culture et ses intentions en matière de de justice pénale pour adolescents. C’est pour cela que le Bloc, encore cette année, semble en voie d’obtenir des appuis au-delà de sa base traditionnelle.

En s’imposant une obligation de rigueur, le chef bloquiste et son parti renforcent leur crédibilité et montrent surtout du respect pour les électeurs, ce qui est à leur honneur. Mais il est facile de perdre ses qualités de vue. La charge vitriolique de M. Duceppe contre M. Harper, dimanche à Saint-Hyacinthe, frôlait le dérapage, ce qui explique peut-être que le chef bloquiste ait baissé le ton lundi. Se camper dans l’insulte pose le risque de détourner l’attention du fond des choses, ce qui aurait été une bien mauvaise stratégie au moment où tous les yeux sont rivés sur les soubresauts économiques et que les appuis conservateurs se tassent dans les sondages,

Vos commentaires

Les députés du bloc ne sont-ils pas ce qu’idéalement devrait être un député, soit défendre ou faire valoir les intérêts de sa circonscription? La notion d’être “au pouvoir” perverti la démocratie. Mieux vaut parfois être entendu dans l’opposition que d’être un-e ministre muet-te (Josée Verner...).

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