Les participant(e)s au Forum des chefs mis en ligne par Radio-Canada comprennent peut-être mieux la frustration des journalistes qui suivent la tournée de Jean Charest. En obtenir des réponses le moindrement significatives relève de l’exploit. Comment réparer l’injustice subie par les employés de l’État dont les pensions ont été désindexées en 1982? «Il n’y a pas de solution magique». Que fera le gouvernement pour donner suite au jugement de la Cour suprême relatif aux travailleuses en garderies familiales? «Il n’y a pas de réponse faite à l’avance». Comment le gouvernement va-t-il améliorer le sort des infirmières qui ne sont pas de nouvelles arrivantes sur le marché du travail, mais qui n’ont pas encore 35 ans de service? «En améliorant le sort de certaines infirmières, on aide tout le monde». Y a-t-il un problème avec le français à Montréal? «Il y a un enjeu». Dernière question: pourquoi, pensez-vous, la population s’intéresse--t-elle si peu à la campagne?
Le PQ a un passé passablement tumultueux en matière de relations de travail. Pour illustrer la «bonne foi» avec laquelle elle entend négocier les prochaines conventions collectives dans le secteur public, si elle devient première ministre, Pauline Marois s’engage à retirer les dispositions de la loi 142, imposée par bâillon en décembre 2005, qui limitent le droit de négocier des syndicats. Cette promesse pourrait revenir la hanter quand les conventions arriveront à échéance en 2010. Selon les dernières statistiques, les employés du secteur public accusent un retard de 2,9% par rapport à l’ensemble des salariés du secteur public, si on considère la rémunération globale. Les syndicats exigeront vraisemblablement un rattrapage. Or, Mme Marois a laissé entendre qu’un gouvernement péquiste pourrait devoir se résigner à quelques années de déficit avant de renouer avec l’équilibre budgétaire. Dans de telles circonstances, sa bonne foi pourrait être mise à rude épreuve.
«Le lendemain de l’élection, on interprétera les résultats», dit Mario Dumont. Au rythme où son parti dégringole dans les sondages, il pourrait bien devoir envisager une nouvelle carrière. Faudrait-il regretter la disparition de l’ADQ? On peut être en désaccord avec les idées qu’elle véhicule, comme la mixité de la pratique médicale ou encore le versement d’une allocation mensuelle de 100$ pour chaque enfant de moins de six ans. Quand M. Dumont défend son programme sans verser dans la démagogie, il n’en contribue pas moins de façon très utile au débat public. Il faut lui reconnaître d’avoir forcé une réflexion sur l’efficacité du «modèle québécois» que les «vieux partis» n’aurait peut-être pas initiée. En revanche, quand il brandit la menace d’une amputation des pensions de vieillesse en raison des pertes de la Caisse de dépôt, il sème l’inquiétude de façon partisane et irresponsable chez des personnes déjà suffisamment vulnérables.
Immanquablement, la première idée qui vient à l’esprit d’un porte-parole de Québec solidaire est de faire payer les riches. Certains sont allergiques à l’utopie, mais diriger un parti qui n’a aucune chance de former le gouvernement présente au moins l’avantage de pouvoir soulever des débats que les autres fuient comme la peste. Il n’y a pas si longtemps, Pauline Marois envisageait elle aussi de revoir le financement des écoles privées, mais la plate-forme péquiste est totalement muette sur la question. Je continue néanmoins à déplorer que Françoise David ait décidé de se lancer en politique active. Sa voix portait beaucoup plus à l’époque où elle militait au sein de la société civile. En sa qualité de présidente de la Fédération des femmes du Québec, elle était une interlocutrice incontournable et très dérangeante pour les gouvernements. Aujourd’hui, elle est simplement le demi-chef d’un parti politique marginal qu’on peut choisir de ne pas entendre.